NAdia SAmdi

Je suis née à Casablanca.
Je ne faisais pas de sport. Pas de vélo, pas de natation. Mon corps servait à la survie et aux corvées. Nettoyer, frotter, porter.  Mais parfois, je mettais la tête en bas, je faisais le poirier contre un mur, je me contorsionnais dans un coin. C’était déjà là.  Le mouvement, la souplesse. Et le film indien du vendredi après-midi à la télé.
Je refusais de manger les animaux.
La nuit, quand tout le monde dormait, je regardais mes mains. Je me demandais qui j’étais, ce que je faisais là. Mon premier livre parlait de l’âme.
Aujourd’hui, je sais : tout était là. Comme une mémoire du futur.
Lors de mon tout premier cours, le monde est soudain devenu grand, lumineux. J’ai eu l’impression de pratiquer tous les sports, de danser, et même de jouer de la musique. J’ai retrouvé la petite fille que j’étais, avec ses jeux d’équilibre et ses postures instinctives. J’ai retrouvé l’adolescente insouciante qui découvrait le hip-hop et dansait des après-midis entières. Le yoga m’a réinitialisée.
J’ai commencé à me tenir droite, les épaules loin des oreilles, le buste redressé. Je ne pouvais plus déprimer avec un buste redressé. Mon corps a redressé ma tête.
Puis j’ai découvert le Viniyoga auprès de Bernard Bouanchaud, élève de T.K.V. Desikachar. À la demande de ce dernier, Bernard a fondé Viniyoga France pour transmettre cet enseignement authentique. Sanskritiste, érudit, auteur et éditeur, il dirige aussi les Éditions Âgamât.
Avec lui, j’ai plongé dans une approche qui s’adresse à l’être dans sa totalité.
C’est grâce à Bernard que j’ai rencontré le Dr N. Chandrasekaran, médecin allopathique et yogathérapeute senior formé par Desikachar. Ancien directeur du Krishnamacharya Yoga Mandiram (KYM) à Chennai, reconnu par le ministère de la Santé du Tamil Nadu et certifié par le Yoga Certification Board du ministère AYUSH, il y a traité plus de 100 000 cas. Aujourd’hui, depuis son Yoga Vaidya Śālā, il forme des milliers de thérapeutes dans le monde.
Depuis l’enfance, je cherche à comprendre le monde, le sens, ma raison d’être. Je n’ai jamais pu choisir un domaine : tout m’attirait: mathématiques, physique, mécanique, psychologie, musique, magie, mystère.
Je ne prenais aucune direction. J’étais figée. 
La yogathérapie a tout rassemblé.
Elle m’a révélé l’ampleur du yoga : anatomie, physiologie, psychologie, lois physiques et même quantiques. Plus j’avance, plus je découvre qu’aucun champ ne lui échappe. Chaque fonction, chaque système, chaque plan subtil est déjà là, contenu dans le yoga, bien avant qu’on le nomme.
Et en parallèle, une impulsion irrépressible habitait en moi : guérir, poser la main, porter dans le silence ces inconnus qui souffrent.
Un héritage familial transmis par ma grand-mère maternelle et mes grands-pères paternels.
Dans la yogathérapie, tout ce que je suis, tout ce que je cherche, converge.